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Affiche : François Gouret @unpeupress / Image : © Jane S. Richardson 

06.02.2026  18.04.2026 

Vernissage jeudi 5 février 2026 à 18h

Flesh out

Le 33,  rue Saint-Jacques, 13006 Marseille

commissariat : Alexia Abed

Anastasia Simonin,
Kazuo Marsden

 À l’heure où j'écris, un orgelet a infecté mon oeil. J’accuse le vent humide et froid des derniers jours. La météo et mes propres bactéries ont déformé ma paupière et perturbé ma vision. Nul autre choix, en pratique, que d’adhérer à l’idée de
« weathering » développée par Astrida Neimanis et Rachel Loewen Walker. Les deux chercheuses s'interrogent : “qu’est-ce que le climat si ce n’est ce qui tourbillonne autour de nous? 
1”. Pour elles, “le temps et le climat ne sont pas des phénomènes dans lesquels nous vivons [...] mais font plutôt partie de nous, agissent en nous, à travers nous 2”. Cette perspective fléchit joyeusement ma compréhension du travail d’Anastasia Simonin & Kazuo Yagi Marsden. Flesh out, leur première exposition personnelle à Marseille, saisit ce concept de weathering. Les sculptures se déforment, elles aussi, pour troubler notre regard, nos savoirs et nos croyances.

Rien n’appartient jamais à un seul règne, ni à une seule voix. Convaincu·es, Anastasia Simonin & Kazuo Yagi Marsden articulent leurs méthodes sur des logiques d’écoute, de conciliation et, parfois, de renoncement. Lorsqu’aucune décision ne peut s’exercer sans l’empreinte de l’autre, doit-on parler d’une entente symbiotique ? Je crois que oui. Le duo fonctionne comme un écosystème où chaque initiative circule, bifurque, puis s’adapte par ajustements successifs.

 

De la même manière, leurs sculptures s’organisent par imbrications de principes scientifiques, domestiques et sensuels. L’osmose les distord en meuble, en animal, en cellule et parfois en fleur. À mesure de ces alliances improbables, la matière se densifie. Quoi de mieux que le bois pour accueillir, à sa surface, les traces de ces compromis empilés ? Pour porter en lui la mémoire du monde et de tout ce qui l’agite ?

 

Les gestes d’Anastasia et Kazuo, pareils aux mouvements répétés de l’érosion, dévoilent nos strates sous-cutanées. Les échelles sont renversées, si bien que notre enveloppe épouse désormais les reliefs des sols. Les corps géologiques et vivants négocient les conditions de leur co-dépendance. La croûte terrestre danse avec l’épiderme, les cratères avalent les ridules, les stalagmites saluent les poils et les galets polis protègent les cellules. L’ensemble de ces analogies engendre des confusions heureuses qui cartographient les mouvements de nos chairs.

 

La peau se transforme en écotone, une zone communicante entre deux biomes adjacents. Si la membrane s’ouvre puis se ferme à sa guise, je suis tentée de remplacer « pore » par « porte ». Pareille à la terre, elle filtre, autorise parfois, retient souvent. La météo, le climat, le temps et toutes les forces invisibles difficiles à se figurer, interagissent avec, contre et sur cet organisme.

 

Pour mieux le comprendre, l’exposition Flesh out schématise, en volume, le sens de ces flux. En quittant le régime de l’illustration pour rejoindre celui d’un épaississement, ils sont rendus vulnérables aux phénomènes qu’ils incarnent. En les scrutant de près ou de biais, Anastasia Simonin & Kazuo Yagi Marsden nous apprennent à voir un monde réanimé, épaissit par ses métamorphoses perpétuelles.

 

Alexia Abed

1     Astrida Neimanis, Rachel Loewen Walker, « Weathering : Climate Change and the "Thick Time" of Transcorporeality », in Hypatia, vol. 29, n°3, 2014, p. 573. 

2     Ibid., p. 559. 

Biographies :

 

Le duo d’artistes Anastasia Simonin et Kazuo Marsden s’est formé en 2022 à Marseille. Iels s'intéressent à de nouvelles manières de représenter le vivant et le non-vivant, en mettant en volume leurs stratégies de coexistence. Leurs sculptures en bois renversent les échelles et les corps, pour brouiller toute autorité normative. Leur travail a notamment été exposé à La Villette, Château de Servières, Friche la Belle de Mai, Salon de Montrouge, SPF 50 et à la Galerie Prima. Résident·es aux Ateliers de la ville de Marseille depuis 2024, iels rejoignent Documents d’Artistes PACA l’année suivante. 

Alexia Abed est critique d’art, commissaire et chercheuse indépendante. Elle travaille et vit à Marseille où elle a cofondé l’association Mastic en 2021. Membre de C-E-A et de l’AICA, elle s’implique auprès de Jeunes Critiques d’Art en qualité de vice-présidente et Contemporaines en tant que coordinatrice générale. Son engagement avec et pour les artistes émergent·es s’est construit dans un rapport étroit au terrain, au compagnonnage et aux expériences solidaires. Elle envisage le collectif comme un outil de survie, un espace à partir duquel repenser les logiques de codépendance. 

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